États généraux de la presse écrite : Les journalistes se mobilisent

Ça presse! a organisé le mardi 21 octobre 2008, avec le soutien et la participation de syndicats de journalistes et de nombreuses associations un débat sur les États généraux de la presse écrite. Les participants ont dépassé le stade de la réflexion, pour proposer des pistes d’actions qui devraient se concrétiser dans les jours qui viennent.


D’abord cette émotion, d’une pigiste qui raconte « l’absence de considération » dont elle est victime de la part des rédacteurs en chef et autres chefs de service à qui elle propose ses sujets et qui « jamais ne prennent son appel ». Derrière l’émotion, la dégradation d’une situation économique qui fait des plus fragiles, les pigistes, les premières victimes. « Avant j’étais une consœur, aujourd’hui j’ai une relation de prestataire », racontera une autre pigiste Sabine Germain. Cette évolution a des conséquences directes sur les contenus et leur qualité.
Ensuite, la paupérisation de la profession sera évoquée par le rédacteur en chef d’Investir: « Les salaires sont insuffisants pour conserver les jeunes [talents] », « les réductions d’effectif posent des problèmes en terme de contenu et de crédibilité ». Aux États-Unis, dit Françoise Crouigneau, présidente de l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF), « les grands groupes de médias n’ont plus les moyens de faire des travaux d’investigation, ils doivent les faire sponsoriser ».
 La tribune était composée de (gauche à droite) Jean-Marie Charon, sociologue, Jean-Michel Dumay (Forum des SDJ), Alain Girard (SNJ), Jacques Trentesaux (Ça presse!), Françoise Crouigneau (Ajef) et Lorenzo Virgili (Freelens)

Les journalistes sont sur un strapontin
Bref, ce mardi 21 octobre 2008, dans la salle feutrée du Press Club de France, à Paris, quelque 150 journalistes réunis à l’initiative du collectif Ça presse! (*) exposaient leurs plaies et leurs bosses. C’est ancré dans ce réel-là, qu’ils ont abordé le thème central qui les réunissait : « Les États généraux de la presse écrite, moment pour se mobiliser. » 
Se mobiliser, car en fait les journalistes se sentent écartés des États généraux qui viennent de commencer. Leurs organisations syndicales y sont très faiblement représentées : « Deux strapontins pour le SNJ-CGT« , précise Patrick Kamenka, tandis qu’Alain Girard, premier secrétaire du SNJ évoque pudiquement un « déséquilibre dans la composition », au point que son organisation s’est interrogée sur sa participation.
La répétition de ce qui s’est passé avec l’audiovisuel public
Côté Sociétés de journalistes (SDJ), la situation est encore pire. « Par principe, on ne nous reconnaît pas [dans les États généraux], raconte Jean-Michel Dumay, président du Forum des SDJ, donc à quoi bon y aller? ». Jérôme Bouvier, fondateur et organisateur des Assises Internationales du Journalisme, ne fait pas partie non plus des invités (rectificatif : en fait, il n’est pas invité dans le pôle dans lequel il souhaitait intervenir). 
Cette mise à l’écart rend d’autant plus suspicieux que les États généraux donnent l’impression d’être déjà joués. Jean-Marie Charon, sociologue des médias est « sans illusions » : « Nous devons nous attendre à la répétition de ce qui s’est passé avec l’audiovisuel public. Le rapport [Giazzi] indique ce qui va se passer ». (cf. Rapport Giazzi, 34 propositions à prendre où à laisser)
 
Comment déverrouiller rapidement ces États généraux?
La principale question posée au cours de ce débat sera donc de trouver les moyens de déverrouiller ces États généraux à première vue si corsetés, aux délibérations opaques (seule une partie minime des travaux sera filmée) et de le faire vite. Les États généraux doivent être bouclés pour fin décembre et le dispositif législatif voté dans les mois suivants. 
Plusieurs propositions seront faites. Celle de lancer des « Contre États généraux » ne rencontrera qu’une faible adhésion, en revanche d’autres suggestions plus immédiates et plus concrètes recevront un meilleur accueil.
Lorenzo Virgili, fort d’expériences antérieures, expliquait qu’il ne « fallait pas douter que la mobilisation pouvait avoir un effet, d’autant plus fort que celle-ci est rare ». Il propose d’ailleurs que cette mobilisation se fasse autour de 3 fronts :
• syndical, « mais remarque-t-il beaucoup de journalistes ne sont pas syndiqués »;
• un rassemblement autour des associations de journalistes (RAJ); 
• interpeller les citoyens, car l’information touche le débat démocratique. 
Une mobilisation autour de quelques points forts
Une mobilisation croisée donc — qui reste à organiser — autour de quelques points forts qui sont ressortis lors de ce débat :
• le statut des journalistes ; pour reprendre la définition d’Alain Girard, c’est la question « de l’introduction de non professionnels pour fournir du contenu aux médias pluri-support »;
• le droit d’auteur; 
• la déontologie;
• l’équipe rédactionnelle, question que le Forum des SDJ et le SNJ considèrent comme centrale
• la formation des journalistes, qui s’articule, soulignait François Longérinas, directeur de l’Emi-Cfd, avec les évolutions à venir sur « les modes d’organisation des rédactions » et « les modes de traitement de l’information elle-même ».
Ce débat, à l’évidence, est loin d’être clos. 
(*) Avec le soutien et la participation de l’AFJ, l’Ajef, l’Ajis, le Forum d
es SDJ, Fedephoto, Freelens, le JDL, Journalisme et Citoyenneté, Profession pigiste, le SNJ.

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